• ATOLS est un groupe musical japonais qui utilise les logiciels de voix de synthèse Vocaloid - dont principalement Miku Hatsune et IA - , mais qui est surtout connu pour ses ajustements de notes électroniques particuliers et pour les vidéos artisanales les illustrant.


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  • Not so little Red Riding Hood by J. Scott Campbell

            


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  • Tony Chu, détective cannibale

    Dessins : Rob Guillory / Scénario : John Layman / Origine : Etats-Unis / Genre : Policier, Humour

    Agent de police droit et sérieux, Tony Chu enquête avec son coéquipier John Colby sur la contrebande de viande de poulet, interdite à la vente et à la consommation depuis l'épidémie de grippe aviaire en 2009. Il est cibopathe, soit capable de tirer des informations de ce qu'il ingurgite et d'en connaître l'origine, les composants, le mode de conditionnement, le parcours de distribution... Mais après avoir été surpris à mordre un assassin décédé pendant son interpellation avant d'avoir donné les noms de ses victimes, il devient indésirable dans son commissariat et est transféré à la section gouvernementale R.A.S. qui lutte contre la criminalité et le terrorisme liés à des denrées alimentaires et à des stupéfiants. Tony Chu y enchaine les investigations en équipe avec un autre cibopathe nommé Mason Savoy, qui le forme à tirer plus efficacement profit de sa faculté sensorielle...

    Les séries policières en librairie et à la télévision s'agrémentent depuis quelques années de protagonistes aux capacités ou compétences spéciales qui, sans être systématiquement surnaturelles, restent largement supérieures à celles dont on peut s'attendre d'un être humain aux possibilités communes, qu'elles soient physiologiques ou intellectuelles. La capacité de Tony Chu n'est pas pour lui un don, mais une malédiction dont il se passerait volontiers : il est condamné depuis sa tendre enfance à connaître la vérité sur tout ce qu'il porte à sa bouche et les révélations gustatives l'ayant amené plus d'une fois à rendre ce qu'il avait avalé, il appréhende désormais tout repas et désespère d'apprécier un jour normalement un plat même quelconque. Né à Philadelphie dans une famille d'origine immigrée et renfrogné, il demeure intègre, intelligent et prudent ; seules certaines extrémités qu'il subit, qui sont infligées à ses proches ou des injustices affligeantes peuvent l'inciter à passer outre ses principes et à sortir de ses gonds. Or, ces mêmes valeurs sont mises à rude épreuve dès l'arrivée de Tony Chu à la R.S.A. : sa faculté spéciale est sollicitée sur des cadavres pourrissants et des substances douteuses, révélant les identités des intervenants et les circonstances d'affaires obscures comme les émotions et la violence de meurtres odieux. Lorsque le mépris, l'égocentrisme et la folie des êtres humains s'expriment aussi âprement, les principes vacillent dangereusement. Il ne manque guère plus que des comptes personnels à régler pour les faire tomber.

    Les créateurs John Layman et Rob Guillory caricaturent la société moderne en ce qu'elle a de plus dépravé et d'indifférent, en mettant en relation des éléments froidement glauques et pathétiquement grotesques. Les coloristes des planches changent régulièrement au fil des chapitres, mais les teintes s'en tiennent à deux palettes - vive et sombre - qui relèvent par leurs contrastes assemblés les traits cassants et cyniques, les consistances des matières organiques comme les détériorations des décors. Alors que la tendance actuelle pasteurise, calibre le moindre produit pour en donner au consommateur toutes les indications imaginables sur sa provenance et ses qualités nutritionnelles, garanties par des firmes installées dans des structures carrées et aseptisées qui influencent jusqu'au modèle architectural des habitations privées, les péripéties de Tony Chu et de ses proches concrétisent des doutes et des déviances quant à nos habitudes alimentaires : de la crotte de nez que l'employé du fast-food glisse dans le sandwich, du massacre du boeuf par le boucher sadique de l'abattoir à la boîte de terrine de poulet qui n'en contient pas un gramme, le lecteur les conçoit désagréablement dans les contours minutieux et les nuances colorées soulignant les reliefs des éléments mis en cause. Il mesure la corruption de la contrebande de viande de volaille dans les quartiers modestes en parallèle de celle plus singulière de smilodon dans des restaurants opulents, oppose le désespoir du petit gouverneur voulant mettre en avant son pays grâce à un fruit inconnu à la cupidité d'un entrepreneur enclin à la manipulation génétique de sa matière première... l'excès et la déraison stériles s'accompagnant d'inconséquence et de lâcheté absurdes. Les vomissements s'étalent comme le sang des cadavres sur le sol et le chaos marque comme les fissures sur les murs l'éthique et le jugement des Hommes...

    Mais bien que son cynisme graveleux n'en rende pas moins réalistes les faits généraux de l'intrigue, John Layman décline son humour décalé tout au long des chapitres, à la manière du jeu de mots nommant le personnage principal - Tony Chew, "to chew" se traduisant "mâcher" - et le maintient à toute occasion, jusqu'au dernier plan des cases des planches ; les régurgitations massives et les allusions viscérales n'interdisent pas le coup de foudre et les sourires niais dans une même case... L'introduction de grenouilles aux gènes croisés avec ceux du poulet, d'un coq de combat suprêmement vicieux, d'un fruit aux origines cosmiques ne paraît finalement pas si déplacée que cela. Apparaissent également d'autres personnages aux talents singuliers liés aux aliments, ainsi que des groupuscules terroristes ou fanatiques, dont les figurations relativement courtes influencent de façon plus ou moins conséquente les péripéties des protagonistes, voire penchent sans prévenir vers la séquence parodique.

    Publiée pour la première fois aux Etats-Unis en Juin 2009, Chew - de son titre original - connaît un franc succès, son premier volume élevé au rang des meilleures ventes de l'année devant ceux de Walking Dead et Bad Dog. La série reçoit en 2010 un Eisner Award, deux Harvey Awards et deux nominations pour l'Eagle Awards. Si un projet d'adaptation en série télévisuelle par la société de production Circle of Confusion - qui a notamment produit Walking Dead, DexterAfter Earth - a été envisagé avant d'être abandonné, ce n'est pas en raison d'une perte de popularité du comic. La publication des volumes - récemment, le huitième Family Recipes, en Février dernier - suscite toujours l'enthousiasme des amateurs du genre, d'autant que les enquêtes de Tony Chu risquent de prendre cette tournure personnelle tant attendue depuis l'assassinat de sa soeur, dont il a juré de retrouver l'assassin... sur le même ton à la fois morbide et absurde.

     Avis personnel : Tony Chu n'est pas conseillé à lire avant un bon repas. Les premières enquêtes à la R.S.A. dérangent les palais et les systèmes digestifs délicats ; cependant, on s'habitue au fur et à mesure des chapitres qui se garnissent de personnages secondaires, d'intrigues qui s'étoffent, de touches fantasques qui équilibrent les détails particulièrement sordides et d'un fond critique qui tend à impliquer particulièrement le personnage principal.

    Freak's Squeele >>


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